TEMOIGNAGE DU PASTEUR JOSEPH KITENGE MULONGOY

(De ma naissance à ma conversion).
Ma naissance et ma vie d’enfant
Je suis né le 09 mai 1959 des parents païens. Mon père s’appelait KITENGE Kazinguvu Sylveste, ma mère MUNYUNGWE Kahika Sophie, tous deux originaires de la République Démocratique du Congo, tribu des Basonge dans le nord de la province du Katanga. Ma tribu est très réputée dans la sorcellerie au point que chaque famille, pour se mettre à l’abri, doit avoir un dieu auquel il faut offrir des sacrifices de poules et chèvres.
Mon père fut un chasseur des buffles de grande renommée. Pour s’assurer une bonne chasse, comme c’était la pratique courante dans presque chaque famille, il se prosternait et offrait des sacrifices de poules à son dieu (je dirai même notre dieu). En fait, il y avait derrière notre maison des petites huttes qui constituaient le temple de notre dieu. Et lorsque la chasse ou la pêche étaient bonnes, le gibier devait d’abord être déposé au temple pendant quelques temps en signe de reconnaissance aux esprits, avant de venir à la maison.
Lorsque je fus né, ce fut dans un village bien loin de mon ethnie. Car mon père, après son premier mariage et son remariage avec ma mère, il n’eut pas d’enfants pendant longtemps au point que j’ai le même âge avec l’aîné de son deuxième fils. Ainsi, mes parents crurent à un mauvais sort jeté à leur encontre par les membres de leurs familles, et ils décidèrent d’aller s’installer plus loin (question d’échapper à cette fameuse malédiction). Après ma naissance, ils vécurent encore là 5 ans sans avoir un autre enfant. Ils décidèrent alors de plier bagages pour retourner à leur terre natale avec moi comme bagage précieux. Nous nous installâmes dans le village de ma mère qui était distant de celui de mon père d’environ 6 kms. Je découvris alors que mon père avait un grand frère qui, lui, n’avait pas d’enfants du tout. Il était prêtre d’un dieu qu’on appelait « Mpunga », et on se rendait visite régulièrement. A chaque fois, il se passait des cérémonies religieuses où chaque membre de la famille devait donner ongles et cheveux, et on prélevait de la poussière à son ombre. Le tout était réuni dans un bois spécial foré, ajouté de d’un autre mélange de plusieurs autres objets que mon oncles avait dans un tas de petits étoffes noués. Quand il travaillait, il procéder par un maquillage spécial, renversait une natte sur lequel il s’asseyait et déversait ses innombrables petits colis d’étoffes. Après, le bois contenant nos reliques était enterré devant notre case au soir, et ma mère avait pour mission d’y verser de l’eau chaque fois qu’elle revenait du puit avant tout usage. Ainsi, nous étions sûrs d’être sous protection.
Deux ans après, mes parents eurent ma sœur alors que j’avais déjà 7 ans.
Ma scolarité
Une année plus tôt, je commençais à harceler mes parents pour qu’ils m’envoient à l’école, à la mission catholique de Lubunda située à une quarantaine de kilomètres de là. Je fus séduit par les rares enfants qui y allaient, et lorsqu’ils retournaient dans le village pendant les vacances ils faisaient l’objet de ma fascination. Mais la culture des lieux n’était guère favorable à la scolarisation. De plus c’est à pieds qu’il fallait se rendre à Lubunda, marche que les marrais et ponts en lianes rendaient encore plus compliquée. Ceux des enfants qui y allaient, à leur retour ils étaient tout maigres à cause de l’insuffisance alimentaire. Car l’agriculture étant manuelle dans le coin comme dans presque tout le pays, les habitants de Lubunda étaient plus portés à vendre leur récolte au passage du train au détriment de leur subsistance. A cause de toutes ces difficultés les rares enfants du village qui y allaient n’étaient pas prompts à y retourner deux années scolaires de suite. Tout cela n’était pas de nature à me faciliter les choses auprès de mes parents. Mais poussé par le destin je pouvais, en pleine nuit, réveiller mon père pour lui parler de mon projet d’études. C’est donc ainsi que, harcelés, mes parents décidèrent de déménager pour s’installer à Lubunda lorsque j’avais alors 7 ans. Ils décidèrent ainsi pour ne pas me livrer à la famine de Lubunda. Cette année-là, mon père alla rester avec moi chez sa sœur. Pendant que j’allais à l’école tous les matins, mon père lui aller cultiver la terre pour préparer la venue de la famille restée au village. Et toutes les deux ou trois semaines presque, il se rendait au village avec son vélo pour ramener des vivres.
Le mari ma tante était aussi prêtre d’un autre dieu différent de celui de mon oncle resté au village. Lorsqu’il avait du travail à faire, il s’enfermait dans le temple de son dieu érigé derrière la maison, pour invoquer les esprits. Au bout d’un temps, il poussait des cris bizarres et des sifflements. Nous lui ouvrions alors la porte et il en sortait maquillé, paré de peaux d’animaux assorties de plumes d’oiseaux. Il parlait une langue bizarre que seuls ses acolytes pouvaient interpréter.
Heureusement (peut-être) pour moi, c’est le fait de m’intéresser aux études qui fit que très vite je me détacha de ces réalités. Car nos déménagements dans le but de me rapprocher des écoles firent que mon père renonça à la chasse. Et avec ce renoncement, le culte aux dieux de la chasse s’éloigna de vue. Seul mon oncle resta collé à nous, nous suivait partout pour, soi-disant, « assurer notre protection ».
Lorsque je considère toutes réalités et un tel environnement, je note avec gratitude au Seigneur que le plus grand miracle de ma vie c’est d’avoir été délivré de cette emprise pour connaître Christ au milieu de toutes ces choses.
Avec la vie scolaire je commençai à étudier la catéchèse et le chemin de la croix, la sainte vierge etc. et le nom de Jésus-Christ commença à résonner à mes oreilles. Mais malgré que je fusse très appliqué, je n’avais pas pu être baptisé car à chaque approche de l’événement je devenais tout à coup paresseux ! Trois ans plus tard, mes parents motivés par mon application scolaire, décidèrent de déménager de Lubunda pour Kongolo, chef-lieu du territoire, où il y avait le cycle secondaire (post-primaire). C’est là que j’obtins mon certificat d’études primaires, mon brevet d’études secondaires et mon diplôme d’Etat des humanités commerciales (l’équivalant du baccalauréat). Jusqu’ici je n’étais toujours pas baptisé. A part la connaissance de Jésus-Christ fils de Dieu qui fut tué sur la croix, les enseignements catholiques ne purent m’apporter rien d’autre de plus concret. De plus, je voyais des gens qui étaient assidus à l’église vivre comme monsieur tout le monde dans l’ivresse et l’adultère. Aussi, être chrétien baptisé me paraissait n’être que des simples formalités et non une vie comme je le perçois aujourd’hui.
Après mon diplôme d’Etat, je dus passer un an de travail en tant que comptable dans un projet de l’USAID (Projet Nord-Shaba, PNS en abrégé), afin de me trouver les moyens de poursuivre les études à l’université. Je dois dire ici que dès l’année où j’étais en classe terminale, mon papa commença à être malade. Aussi, les maigres revenus des champs que ma mère produisait presque seule furent-ils utilisés en priorité pour faire soigner mon père. Quant à moi, pour payer mes frais scolaires, je fus contraint à faire le bûcheron. Je fus même obligé de perdre une année scolaire entière par manque de moyen. Et lorsque je devint travailleur, j’eus alors de quoi amener mon père à subir une opération chirurgicale qui était nécessaire à son rétablissement.
Les parents me pressaient à me marier, mais cela me tentait moins que d’aller poursuivre mes études. Je pus réunir difficilement le minimum qu’il me fallait et, pour calmer leur pression du mariage, je m’étais choisi pour fiancée une jeune fille qui étudiait encore. C’est avec elle que quatre ans plus tard je me mariai et qui est encore mon épouse aujourd’hui.
La première année à l’Institut Supérieur de Commerce de Kisangani (à presque un millier de kms de Kongolo) se passa tant bien que mal sur le plan matériel et financier. Mais lors de la deuxième année, le gouvernement zaïrois supprima la restauration des étudiants et ce fut le début du calvaire pour moi. A Kongolo mon père rechuta de sa maladie et par conséquent je ne pouvais plus rien attendre de ma mère qui avait deux enfants à gérer. Car 5 ans après la naissance de la fille qui me suivait, elle eût encore une autre fille deux ans après notre installation à Kongolo. Je devais alors me débrouiller en cultivant autour du campus et en mendiant, pour survivre et étudier (nourriture, syllabus, frais académiques, savon et vêtement) loin de la famille.
La première intervention visible de Dieu dans ma vie.
Dieu intervint pour la première fois de manière plus ouverte dans ma vie cette année-là. En fait j’eus l’idée de suspendre les études pour me faire enseignants et ainsi, pouvoir économiser de l’argent pour reprendre l’année suivante. Mais lorsque le Directeur Général de l’Institut Supérieur lut ma lettre de demande de mise en disponibilité, après s’être renseigné sur mon application, me fit venir dans son bureau. J’étais fier, me disant que ma demande a aboutit, mais je fus surpris d’entendre qu’il m’offrit d’étudier sans payer du tout les frais académiques officiels, que je devais passer chez lui voir sa femme chaque mois pour obtenir un peu d’argent de quoi m’acheter des syllabus et survivre ! Ce fut comme si un ange m’avait visité.
Mon affiliation à la Rose-croix.
C’est dans cette situation de misère et incertitude qu’un collègue s’approcha de moi pour me proposer de m’affilier à la Rose-croix. Il m’offrit gracieusement une brochure où je pus lire que la Rose-croix était un mouvement philosophique qui avait pour but d’aider ses membres, par des enseignements et expériences mystiques, à réveiller la potentialité endormie en eux afin de bien mener une existence heureuse tant sur le plan de la santé que celui des finances. Ce collègue me détailla la liste d’éminentes personnalités du monde politique et financier tant de notre pays que des étrangers qui excellèrent dans leur vie parce qu’ils furent des rosicruciens. Face à ma misère, cette proposition fut comme un gâteau sur un plat et je ne tardais pas à demander le formulaire d’inscription.
Ma vie professionnelle
Je terminai alors le cycle de gradua en sciences commerciales et financières en octobre 1985. En chemin de retour, je fus informé que mon père était décédé deux mois plus tôt. Il avait interdit de m’en informer pour éviter de perturber mes études, sachant que j’étais en dernière année. Il me laissa pour héritage sa ceinture et une chèvre qu’il recommanda à n’utiliser que pour doter ma fiancée. C’est vous dire à quel point il tenait à mon mariage. Son décès me désola beaucoup surtout à l’idée que je n’ai pas eu l’occasion de lui témoigner ma gratitude pour tout son dévouement à la cause de mes études.
Un an plus tard je commençai mon premier emploi dans une petite société qui commercialisait les ordinateurs IBM à Lubumbashi, le chef-lieu de la province du Katanga, et 4 mois plus tard, en février 1987, ma femme me rejoignit et la vie de couple commença. Nous eûmes notre première fille en décembre 1987.
Ma vie de rosicrucien.
Très vite ma femme donna sa vie au Seigneur Jésus-Christ dans une église protestante. Mais pour moi tout cela n’étaient que des distractions, l’essentiel étant de vivre respectueux des autres. En fait le respect de l’autre était l’épine dorsale des enseignements de la Rose-croix. Car on nous enseignait la loi du karma ou du choc en retour, ce qui nécessitait alors de faire du bien aux autres pour s’attendre à du bien en retour. Rien de la sanctification. Le péché c’est de faire du tort au prochain et Dieu était représenté par la nature, le cosmos avec ses lois immuables qu’il fallait maîtriser pour s’assurer une vie heureuse et stable. Alors nous apprenions par des monographies (brochures des leçons en série) comment maîtriser la nature, enseignements assaisonnés de pratiques comme, entre autres, l’intonation des sons vocaux qui avaient chacun un pouvoir différent, la méditation et diverses expériences mystiques destinées à nous rendre plus fluides, je dirai plus réceptifs de l’énergie cosmique.
Il nous était recommandé d’avoir une pièce personnelle si on en avait le moyen, où on disposait un miroir au devant duquel on devait allumer deux bougies. C’est devant ce dispositif que devait se passer les expériences mystiques. C’est toujours là qu’on entonnait des sons vocaux et étudiait des monographies que l’on recevait de la France par la poste. Nous devions aussi nous rendre régulièrement à la loge pour d’autres expériences et faire la connaissance des autres membres (fraters et sorores) et surtout, pour y être initié. Il y a une initiation au passage de chaque degré, mais cette initiation ne conditionne pas l’étude des enseignements du degré suivant pourvu qu’on ait fini l’étude des enseignements du degré inférieur. Livre à chacun de passer l’initiation lorsqu’il le veut.
Il y a des degrés qui commencent par le néophyte jusqu’au 12ème si je me trompe pas. Les enseignements nous arrivaient de manière rythmée et nous devions les étudier progressivement. Il nous était formellement interdit de les étudier en désordre. On ne devait pas commencer l’étude des enseignements du 2ème avant d’avoir fini ceux du premier, et ainsi de suite.
L’initiation que j’avais connue est un ensemble de cérémonies au court desquelles on doit s’engager surtout à la discipline et à la confidentialité. Un dispositif de lumière et sons très impressionnant, des marches en ligne où, pour changer de direction, on doit s’arrêter et tourner tout corps suivant un angle donné tout en ayant la bien droite devant soi sans regarder ni à gauche ni à droite. L’odeur de l’encens dominait l’ambiance de la salle. Puis on arrivait devant le trône où était le maître qui clôturait la cérémonie par des questions dont les réponses nous étaient déjà données, et par des recommandations. Puis vous on était admis dans le cercle des initiés.
Quand je quittai la rose-croix je n’étais initié que pour le passage du néophyte au premier degré ! Quant aux enseignements je n’en étais qu’à l’étude du 2ème degré mais avec des monographie reçues jusqu’au 6ème degré. C’est dire que j’étais un étudiant paresseux ! Pourtant, je ne suis pas de nature paresseux. Quand je me mets dans un travail, c’est avec toute ma force jusqu’au bout. C’est avec le temps que j’ai découvert que ce fut mon épouse la grande artisane de cette paresse, grâce à ses prières. Je suis de nature incisif. Quand je veux je veux, et quand je ne veux pas, je ne veux pas ! Je n’aime jamais faire quoique ce soit sans être convaincu. Après mon épouse, ses pasteurs aussi ayant échoué à me convaincre du mal de la Rose-croix et du bien fondé du christianisme, il ne leur était resté que la prière et c’est mon épouse qui fut au centre de cette intercession. Comme très vite j’avais eu du succès dans ma vie professionnelle tel que je l’ai dit plus haut, j’avais attribué cela à l’efficacité de la Rose-croix. Alors personne ne pouvait me convaincre du contraire sans avoir à me le démontrer. Au contraire, c’est qui les plaignais disant qu’ils étaient aveugles. Je ne voyais aucun mal de la Rose-croix et je m’en ventais. Sur mes voitures étaient collés des insignes rosicruciens et j’en été fier. C’était de la classe ! J’y rencontrais des grandes personnalités, des cadres des sociétés avec lesquelles je collaborais dans le cadre de ma profession et tout cela me procurait du succès. J’étais devenu très imbu de moi-même. Ma sécurité était dans la Rose-croix et cela me flattait. Commençait alors une vie de débauche et d’ivresse, et avec elle tout le lot des problèmes conjugaux avec disputes sur disputes. Plus d’une fois je frappais ma femme d’embargo pour son église. Je me rappelle qu’une fois elle avait fait près d’un an sans aller à l’église. Pour moi c’est à l’église qu’on l’entêtait.
Je loue le Seigneur de m’avoir accordé une telle femme qui, par sa patience et sa soumission, sans cependant relâcher en prières, a contribué à mon salut. Je me dis aujourd’hui que Dieu l’avait spécialement choisi pour moi. Car il arrivait que lorsqu’elle choisi de jeûner en ma faveur, c’est ce jour que je vais aller dormir ailleurs. Et lorsque, au petit matin je retourne, je me confondais en mensonge du genre, j’ai dormi dehors pour une panne de voiture, mais elle me recevait à bras ouverts sachant bien que je lui mentais.
Mon Salut
En 1990-1991, le Zaïre avait connu des pillages qui n’épargnèrent pas ma société. Je me suis retrouvé sans emploi mais confiant en moi-même, je décidais de faire mes propres affaires. J’avais déjà une pharmacie qui tournait bien, et je me lançais dans l’agriculture et le bois à Lubunda (à plus de 1.000 kms de Lubumbashi). Le projet était bien étudié sur papier. Pour financer les champs et la scierie, j’installais une polyclinique à Kongolo (54 kms de Lubunda). Dans un milieu où l’hôpital général n’était plus que des bâtiments sans lits ni médicaments, la polyclinique eût beaucoup de succès. Elle était équipée du minimum nécessaire pour le milieu (microscope, stérilisateur, incubateur, quelques lits pour l’observation des malades et surtout assez bien de médicaments que la pharmacie de Lubumbashi fournissait. J’avais engagé deux infirmiers et louais le service du médecin de l’hôpital général.
Le plan était que la pharmacie fasse fonctionner la polyclinique, la polyclinique la scierie et les champs, et dès que les produits des champs et de la polyclinique sont vendus, on redynamise la pharmacie qui reste alors autonome et j’ouvre un magasin à Kongolo. Car le bois de Lubunda est une espèce très recherchée et qui se vend cher. Mais puisqu’il n’y a pas d’autres voies d’accès que le train, le désordre consécutif à la transition politique du pays fit que le trafic des trains fut suspendu. J’avais beau demander un wagon à la société des chemins de fer où je chargeai le bois scié, mais il n’eût pas de locomotive pour le tracter. Or, plus le temps passait plus aussi la pharmacie à Lubumbashi s’asphyxiait. Elle ne pouvait même plus payer le loyer et fut fermée. Tout ce que j’avais de très précieux fut vendu pour assurer la survie de la famille car j’avais déjà 3 enfants (deux filles aînées et un garçon). Le bailleur de la maison menaçait lui aussi pour son loyer. Ironie du sort, du temps de toute ma gloire je n’avais même pu m’ériger une bicoque ! J’avais beau acheter des voitures mais pas de maison. Mes enfants en étaient arrivés alors à manger de la braise et boire de l'eau comme repas journalier. Ma pauvre épouse se réduisit en mendiante auprès des membres de sa famille et à l’église.
Quant à moi en navettes entre Lubunda et Kongolo je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Ma ceinture en cuire avait été perforée presque de part en part parce que chaque semaine il fallait, pour qu’elle tienne bon, forer un autre trou de serrage. Je n’en pouvais plus car la polyclinique ne tournait plus faute de médicaments. J’épuisais alors toutes les techniques de la Rose-croix (sons vocaux, expériences mystiques à ma connaissance) sans résultat. Il fallait trouver quelque chose car les nouvelles de Lubumbashi n’étaient guère bonnes. A bout de souffle, j’appris alors à prier seul dans ma chambre avant de dormir sans pour autant chercher à fréquenter une église. Lorsque je remarquais qu’il n’y avait plus rien à faire, humilié, je décidais alors de rentrer à Lubumbashi avec pour seul bagage un lot de malachites. En fait la malachite est une sorte de roche verte que l’on ne trouve que dans les gisements de cuivre, utilisée pour faire des objets d’art. Comment cela a pu se retrouver à Lubunda alors que le cuivre est à Lubumbashi, cela est encore une longue histoire que je vais vous résumer.
Un commerçant qui avait des magasins à Lubunda avait été acheter une camionnette en Zambie. Tombé en faillite et le magasin fermé, la camionnette en panne fut abandonnée devant le bâtiment. Il eût deuil chez à côté et un enseignant vint à ce deuil. Un bon matin, alors que certaines personnes s’étaient dispersées, l’enseignant qui se reposait sous l’ombre de la carcasse de la camionnette s’aperçu qu’à travers le garde-boue rongée par la rouille luisait un objet vert. Lorsqu’il essaie d’arrondir le trou des morceaux de malachites tombèrent sur lui. Il déballa alors toutes les garde-boue et en retira plus de 100 kilos de malachites de première qualité. Lorsque des gens s’approchaient il jetait ce qu’il avait dans la brousse devant l’immeuble. Le soir il y alla ramasser pour les enterrer derrière la maison avec espoir de trouver un preneur en secret. Mais après son ramassage il resta quelques morceaux de malachites dans la brousse. Avec le temps il ne trouva pas le moyen d’intéresser qui que ce soit dans le milieu de Lubunda et sa malachite resta alors enterrée derrière la maison. Mais la cité s’agrandissait et le terrain qui était devant le magasin fut débroussaillé par un autre constructeur qui découvrit les morceaux de malachites qui échappèrent à la vigilance de notre enseignant. Du coup la rumeur se rependit qu’il y avait la malachite à Lubunda. Et lorsque j’étais en difficulté cherchant comment je pouvais retourner à la maison sans rien en main, je m’intéressais aux gens qui disaient savoir la montagne d’où la malachite avait dû provenir. Nous fîmes une expédition de toute une journée pour retourner mains bredouilles, sans le moindre indice sur la présence de malachites. On pensa alors que ce fut peut-être un passant du train qui laissa cela tomber, mais ce fut peut probable car les marchants de malachites qui l’achète à Lubumbashi ne remontent jamais avec ; c’est vers le sud que cela a un marché. Et Lubunda est bien loin au nord de Lubumbashi. C’est alors que cet enseignant vint me voir dans la nuit pour me révéler son secret. En fait, ce pauvre commerçant de Lubunda avait acheté une camionnette volée en Zambie à un trafiquant de malachites qui revenait de Lubumbashi. Les trafiquants avaient l’habitude de dissimuler de cette manière leur cargaison pour échapper au contrôle des douaniers. Dieu seul sait si ce pauvre trafiquant avait été tué ou pas, car cela était assez courant. C’est ainsi que ni les voleurs ni le receleur, personne n’avait pu savoir qu’il y avait des si précieuses pierres dans la camionnette ! Cela fut pour moi comme de la manne qui me tombait du ciel.
Marché conclu, je me mît en route à vélo vers Kongolo avec ma cargaison bien emballée. Le voyage de Kongolo à Lubumbashi dura 2 semaines par route, perché sur un camion au milieu des sacs de maïs. A mon arrivée cela me procura une somme d’argent telle que l’électricité et l’eau furent rétablies ainsi que le paiement de loyer et de la nourriture pour bien de jours.
Dieu me touche.
En route, j’appris que mon ancien patron qui avait fondé une compagnie aérienne avec deux autres de ses amis me cherchait pour aller travailler à Goma (à l’est du pays). Effectivement, aussitôt arrivé je lui téléphonais et un billet d’avion me fut envoyé. Moins d’une semaine après je retrouvais à Goma comme responsable administratif et financier. Tout changea et deux mois après toute ma famille fut avec moi. Mais au lieu de considérer que ce fut la main de Dieu, au lieu de me rappeler de mes prières de chaque jour puisque je l’implorais de me sortir de cette situation par égard pour mes enfants et ma femme, de nouveau je replongea dans l’alcool et les femmes, toujours attachés à la rose-croix. Mais Dieu dans son amour ne me lâcha plus. Commencèrent alors une vie de maladie. Quand je buvais j’étais malade presque toute la semaine. De Goma on retourna à Lubumbashi travailler à la Direction Générale, six mois après seulement. Les choses ne s’améliorèrent pas pour moi et cependant je n’abandonnais pas ma mauvaise vie. Trois fois j’ai eu à écrire mon testament, trois fois j’avais chuté sans que les médecins aient trouvé la cause exacte de ces chutes.
Nous étions en octobre 1993, soit six mois après le retour de Goma (donc un après mon entrée dans cette compagnie aérienne), on me mutait à Kinshasa. Je repris là ma vie de débauche à l’hôtel où j’étais alors que ma famille était encore à Lubumbashi. Mais le Saint-Esprit alla le rapporter à mon épouse dans les moindres détails, jusqu’au teint et à la taille de la femme avec laquelle je me suis prostitué ! Quand elle me rapporta cela je fus très touché, convaincu que cette pauvre femme était vraiment du bon côté, que le christianisme était une tout autre chose que le simple fait d’être membre d’une église, c’était une vie, une lumière. Je capitulais ainsi en avril 1994 pour donner ma vie à Christ.
J’ai compris que Dieu, depuis longtemps avant, m’avait choisi mais que c’est moi qui lui résistais. Je me souviens d’un songe que j’avais fait en 1988 alors que nous n’avions qu’un enfant (notre fille aînée), pendant que même mon épouse n’était pas encore convertie. Je me voyais à cheval avec ma femme et notre fille, escaladant une montagne. Un homme que je ne voyais pas me demandait d’aller encore plus loin sur la montagne. Arrivé au sommet de celle-ci, il me demanda de m’arrêter et me retourner pour voir d’où nous venions. Je vis ma maison tirée vers moi de loin en gros plan comme dans un film, et il y avait du sang partout aux murs, sur la porte ainsi que sur le toit. C’est quand j’apprends l’histoire de rédemption du peuple d’Israël à leur sortie d’Egypte que je comprends la portée de cette vision. A l’époque, cette vision nous avait effrayé tous avec ma femme pensant à un malheur à cause du sang. Mais ce fut le sang de l’agneau, le sang précieux de Jésus-Christ dont Dieu nous avait marqué pour Sa Gloire. C’est Lui qui, dans Son amour, nous avait choisi d’avance et non pas nous. Jour et nuit nous lui rendons grâce !
Unis dans la foi, nous nous demandions ce qu’il fallait faire pour rendre grâce au Seigneur. C’est ainsi que nous avions décidé de consacrer une parcelle que nous nous sommes achetée à Lubumbashi avant d’aller à Kinshasa, pour construire une église. C’est notre paroisse de Lubumbashi, la Cité de David.
Le Seigneur se révéla à moi de plusieurs manières qui excitèrent ma foi et ma détermination à Le servir. Si je pouvais les détailler, peut-être que certains lecteurs me prendraient pour un orgueilleux. Je vais vous en relater deux parmi tant d’autres.
Une nuit j’eus un songe où j’étais prisonnier dans une maison, ligoté et gardé par deux hommes qui me cachaient sous le lit et me piétinaient. Ce songe me plongea dans l’inquiétude et me mit à intercéder. Je racontais la chose à mon épouse qui se joignit à moi par la prière. Quelques jours après, alors qu’on avait déjà oublié, je me retrouvais encore dans ce même village pendant qu’il faisait très obscur. En tout cas c’était dans ce même lieu où j’étais prisonnier l’autre fois car je sortais d’une maison avec les manières de quelqu’un qui vient d’échapper à ses bourreaux. Plus loin dans l’obscurité j’aperçus les phares d’un véhicule alors que je traversais un terrassier. Ce véhicule s’avançait vers moi et, à l’approche, il commença à faire des manœuvres pour se retourner et regarder vers où il est venu. Je regardais si derrière moi des gens me suivaient et je m’embarquais. Ce fut la fin du songe sans plus que je sache où ce véhicule m'amenait. Dans la même nuit, c’est mon épouse qui se voit en songe quelque part avec mes habits en mains, attendant qu’on m’amène. Il y avait un groupe de gens qui y étaient opposés lorsqu’un bus stationna avec moi à bord. Ces gens vinrent bloquer la portière pour que je ne sois pas livré à ma femme, mais ceux qui étaient avec moi dans le bus s’imposèrent et me débarquèrent tout sale, vêtu d’un single et d’une culotte déchirée. Elle m’accueillait et me donna des beaux vêtements que je mis.
Le deuxième c’est qu’un soir après la prière, au coucher j’eus un songe où je traversais un pont. Juste après le pont le chemin était en béton et une montagne commençait. Alors que je balançais les bras dans l’effort d’ascension, je vis qu’il y avait un serpent sur mon avant-bras gauche. Horrifié, je secouais le bras et le serpent tomba. Tranquillement j’ôtais mon soulier droit et lui lançais. Il s’écrasa et un petit garçon qui était assis au bord de l’eau vint avec un bâton ramasser le corps du serpent mort et le jeta dans l’eau. Lorsque aussitôt éveillé je racontais cela à ma femme, elle me demanda sur quelle main était ce serpent. Elle explosa de joie et se mit à glorifier le Seigneur lorsqu’elle apprit que ce fut au bras gauche car, me dit-elle, il y avait une révélation depuis des années à l’église de Lubumbashi que j’avais un signe diabolique à mon bras gauche.
Je réalise encore que c’est là un signe de la grandeur et de l’amour de Dieu. J’étais rosicrucien fier de moi, me flattant d’être en sécurité alors que j’étais un prisonnier lié et jeté sous le lit. Quelle médiocrité ! Quel misérable j’étais pendant tout le temps que je dansais dans des cabarets, m’enivrais et me souillais avec des putes. J’avais un serpent au bras, la marque déposée de Satan et je me ventais pourtant d'être un homme libre et béni. Il a fallu que je rencontre Christ pour que je sois affranchi de cet esclavage et que le signe de Satan tombe.
Il n’y a de délivrance qu’en Jésus-Christ !
Avec ce serpent c’est à Satan que j’appartenais, et maintenant j’appartiens à Dieu en Jésus-Christ, alléluia ! Je saisis cette occasion pour de dire à tous ceux qui seraient tentés par l’aventure des ordres mystiques, que ce ne sont que des illusions. Lorsque j’étais dans la rose-croix j’ai gagné beaucoup d’argent mais je n’ai rien fait de concret avec. De plus, je n’ai jamais pu expérimenter la paix avec cet argent, ni dans mon foyer, ni dans mon corps. Mais maintenant avec moins d’argent, j’ai construit deux églises et un immeuble en étage qui me sert de résidence. Je me disais, alors rosicrucien, que cela me créait des relations très utiles pour progresser socialement. Mais j’ai découvert qu’il n’y a pas un meilleur soutien que le Seigneur Jésus-Christ. C’est Lui qui élève et qui bénit. C’est une illusion de penser que la vie chrétienne est pour les pauvres. Je ne peux pas dire que je suis riche, mais une chose est certaine que je ne suis pas pauvre grâce au Seigneur Jésus-Christ qui me guide et me fait apprécier dans tout ce que je fais. J’ai confiance qu’avec Lui, j’irai encore plus loin que les gens du monde le veule ou pas, car tout lui est soumis.
Dieu a déjà fait beaucoup de grandes choses dans ma vie au point que quel que soit le lieu ou les circonstances dans lesquelles je peux me trouver, je suis convaincu qu'Il est présent dans ma vie et qu'Il a contrôle sur toutes choses. Ainsi, le christianisme est pour moi loin d'être une religion, il est une vie que l'on acquiert et dont on peut percevoir les réalités tout comme la vie matérielle. Je garde encore pour moi bien de promesses que je vous révélerai lorsqu’elles s’accompliront.
Que Dieu vous bénisse !
Pasteur Joseph KITENGE